Michèle Savalle

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« C’est sur le rythme, le sens du phrasé que je m’appuie pour dire, agir. Je suis acteur, musicien, chercheur « viveur de mon corps ». Je suis danseur de la vie, de ma vie ».

« A y réfléchir, je me rends compte que j’ai toujours cherché la meilleur façon d’accompagner ceux que je rencontre sur mon chemin, d’une rive à l’autre; d’être un passeur. En les accompagnant moi aussi je « passe », moi aussi j’apprends. Je m’enseigne en enseignant. »
Herns Duplan

Quand j’étais petite, j’hésitais entre deux métiers : danseuse ou ophtalmologiste. Des mondes très différents apparemment.
Pas tant que ça…
J’avais lu un livre qui racontait l’histoire d’une jeune femme, chirurgien des yeux, partie dans des pays lointains et pauvres pour mettre sa science et sa passion au service de ceux qui ne voyaient plus. Elle réussissait, ou non, à redonner la vue , la vie à ces êtres. J’en avais été bouleversée et j’aurai voulu moi aussi être utile comme elle, sentir la joie de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants, enfin libérés.

Mais il y avait la danse, la scène, ce lieu magique de tous les possibles.

Et puis, malgré un 1e accessit en sciences naturelles en 6e, je ne me suis pas révélée par la suite très intéressée par les matières scientifiques.

Par contre la danse occupait toute ma vie, à tel point qu’un jour une maîtresse agacée m’a donné des lignes à faire : « je ne dois pas danser dans la classe » Je ne me souviens plus si c’était à tous les temps et à tous les modes!

J’avais un professeur de danse classique, une femme exceptionnelle, chorégraphe originale et inspirée qui choisissait de très belles musiques , Ravel, Bartok, Prokofiev, Rachmaninov, Granados, Franck, la musique concrète, les musiques du monde…C’était d’ailleurs plus que du classique, nous flirtions avec le néo-classique, le caractère, le moderne.
Pendant des années j’ai eu l’intense joie de danser sur de nombreuses scènes, et même aux champs élysées! L’odeur de ces théâtres, les vibrations qui les habitaient m’étaient aussi nécessaires que l’air.
Puis j’ai rencontré d’autres types de danse, le contemporain, le jazz, le folklore.
J’ai suivi une formation en rythme corporel, technique Dalcroze ,au Centre National de la Danse.
Mais je n’en ai pas fait mon métier pour toutes sortes de raisons…
Une blessure.

Une autre passion était là, la musique et une autre, le théâtre.
C’est ainsi que j’ai étudié le piano à l’Ecole Normale de Musique de Paris puis le théâtre, découvrant des techniques diverses, Stanislavski, Meyerhold, Brecht, Tchékov, le kabuki.

Pendant un temps j’ai joué dans quelques concerts de musique contemporaine mais ce n’était pas vraiment ma place.
Je me suis alors immergée dans la mise en scène et ai monté des spectacles pour des enfants, des adolescents, un opéra de Joubert, des créations à partir d’adaptation de contes.
Un jour des professionnels m’ont sollicitée et nous avons joué des pièces , Beckett, Arrabal, Maupassant.
A chaque fois mon désir était de créer un langage harmonisant le texte, le geste chorégraphié, la musique.
J’ai eu aussi la chance d’apprendre la Langue des Signes Française à L’International Visual Theater. C’est un langage d’une richesse inouïe, d’une grande beauté, une véritable « danse des mains » et bien sûr son utilité est primordiale. Je n’oublierai jamais ces professeurs sourds, leur courage, leur humour, leur humanité.

De très belles expériences, des rencontres émouvantes, enrichissantes, des conflits aussi qui m’ont beaucoup appris.

J’avais un peu peur de ma voix parlée, je n’osais pas la laisser sortir. Et puis de belles rencontres encore, des écrivains m’ont proposé d’interpréter des textes, des poèmes ,dans divers lieux, cafés, librairies, expositions. J’ai aimé ces moments forts, je sentais les mots bouger en moi, se frayer un chemin, trouver une issue et prendre leur place dans l’espace.

Parallèlement, j’enseignais : la danse, le théâtre, le piano, le solfège!
Et j’enseigne toujours car c’est également une passion; là aussi des rencontres inoubliables. Instant magique et joyeux lorsque l' »élève » arrive à exprimer son essence grâce à des compositeurs, des écrivains, des chorégraphes ou dans l’improvisation libre et/ou dirigée.

Il y a 12 ans j’ai fait la connaissance d’une femme qui désirait intensément réaliser son rêve de toujours : apprendre le piano. Elle avait 65 ans, maintenant c’est la compagne de Chopin. Elle est la preuve qu’il n’est jamais trop tard pour que le rêve s’incarne, il suffit…de travailler. Courage, volonté, persévérance sont des qualités essentielles qu’elle possède à un degré exceptionnel.
A son contact, grâce à elle, j’ai rencontré d’autres personnes animées du même rêve. Elles sont sur le chemin de la réalisation.
Nous formons une belle famille avec mes élèves et c’est bien.

Une blessure. Ma blessure.
Elle s’est réveillée brutalement il y a 3 ans.
En sortant d’un film sur Pina Bausch, j’ai senti que je ne pouvais pas continuer comme ça, qu’il était essentiel que je renoue d’une manière ou d’une autre avec la danse. J’ai cherché.

J’ai découvert qu’il existait des formations de danse thérapeute. Je me suis inscrite à Free Dance Song, une année très révélatrice, perturbante, passionnante, qui m’a fait entrevoir une voie possible.
A l’institut Carl Orff , en musicothérapie active, j’ai travaillé avec Henri Samba et à l’Atelier du Geste Rythmé j’ai suivi un séminaire avec France Schott -Bilmann.

Henri est percussionniste, danseur, conteur, formateur en expression primitive et en médiation musicale. Son atelier c’est un village, nous sommes cousins, cousines, frères, soeurs, il sait créer un lieu, une matrice où chacun donne le meilleur de soi, découvre et exprime sa créativité particulière dans la joie et la confiance.
Son énergie, ses talents ,sa bienveillance m’ont véritablement révélée à moi même. Et c’est ainsi que j’ai décidé de tenter l’aventure, ouvrir un atelier dans lequel je pourrai offrir une synthèse de toutes mes expériences artistiques et humaines.

Je suis partie de mon vécu. Lorsque je ne me sens pas bien, déconnectée de mon corps, je mets une musique. Mes pieds bien ancrés dans le sol, je laisse monter, se diffuser en moi les pulsations, les vibrations de cette musique. Petit à petit le mouvement naît, me libère, m’apporte la joie d’Etre.
Et j’ai envie d’aider les autres à ressentir, à exprimer cette joie d’Etre.
Je ne redonne pas la vue, comme cette femme médecin du livre de mon enfance mais je souhaite transmettre mon expérience de libération.

A l’issue de chaque atelier, je suis  émerveillée et réjouie de l’immense créativité des danseurs, heureuse de leur implication, admirative de la qualité de leur palette expressive.
Il y a des rires, des émotions, de la joie, du jeu.
Je dis merci pour ces intenses moments de Vie.

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